A ces cinquante (voire plus) nuances de noir venues de l’Est répondait le ton plus primesautier des films d’Axelle Ropert, Joao Pedro Rodrigues ou Tizza Covi et Rainer Frimmel. La Française présentait une comédie, La Prunelle de mes yeux, sur le modèle des comédies américaines des années 1940, dont le ressort est la cécité de l’un des personnages. Le film n’échappe pas à tous les pièges que son argument place sur son chemin. L’Ornithologue, de Joao Rodrigues, qui emmène un Adonis (Paul Hamy) sur les chemins de Compostelle, croule sous les références picturales, théologiques et mythologiques, qui en neutralisent la fantaisie.

Cette aspiration à la légèreté ne s’accomplit que dans Mister Universo, des Italiens Tizza Covi et Rainer Frimmel. Les réalisateurs de La Pivellina emmènent sur les routes du nord de l’Italie un jeune dompteur de fauves qui veut retrouver le Monsieur Univers de 1957. Ces travailleurs du rêve maintiennent à bout de bras un univers (celui de La Strada, de Fellini) dont le monde d’aujourd’hui n’a plus besoin, ils sont filmés avec une justesse et un humour bienveillant qui font de ce film un pur moment de réconfort.

— Thomas Sotinel

Primé par une mention spéciale, le Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel aura été une des œuvres les plus généreuses de la compétition. Le film semble d’abord s’annoncer comme une chronique sociale quelconque : Tairo est un dompteur de lions dans un cirque où il travaille avec son amie Wendy, et tandis que ses bêtes lui posent problème, les tensions montent avec certains de ses collègues. Entre-déchirements filmés caméra à l’épaule : le désastre semble annoncé. Mais le film bifurque. Quelqu’un dérobe à Tairo son porte-bonheur offert par Arthur Robin, ex-Mister Universe dont le numéro de Monsieur Muscle consistait à plier des barres de fer sur son genou. Les réalisateurs engagent alors leur récit sur le registre de l’escapade : le jeune dompteur va chercher à retrouver Mister Universo pour lui demander un nouveau porte-bonheur, ce qui le mènera dans un périple à travers le monde des cirques et des spectacles itinérants de la péninsule italienne.

Le couple de réalisateur fait appel à un processus de jeu visant moins à brouiller la frontière entre fiction et documentaire qu’à irriguer la fiction de l’expérience vécue : les acteurs jouent leurs propres personnages, sans jamais se cantonner à illustrer leur quotidien. De là que Mister Universo, dédié à tous ceux qui perdirent leur emploi du fait de la numérisation du cinéma, porte à la parole populaire une attention rare. Jurons et insultes bien sûr (les scènes de Tairo au volant relèvent de toute évidence de la spontanéité la plus absolue), mais surtout expressions d’affection et de solidarité, partages d’expériences et demandes d’entre-aide. Chaque rencontre devient l’occasion pour un artiste d’offrir sa vision de son travail. Le film se termine par le numéro de Wendy, partie pour son ami à la recherche du fils d’Arthur Robin, et qui fera exceptionnellement accompagner son numéro par la chanson qui fit la gloire de l’oncle de Tairo. Cristallisation généreuse et discrètement bouleversante de ce à quoi le film n’aura cessé d’œuvrer : le spectacle comme offrande.

— NATHAN LETORÉ

Sur leur mode bien particulier, avec une équipe technique qui se réduit à eux seuls, Tizza Covi et Rainer Frimmel s'inscrivent donc dans la grande lignée des réalisateurs qui se sont approchés du monde à la fois ouvert et fermé, monde fascinant, qu'est le cirque. Leur "Mister Universo" trace une histoire simple, empreinte, même, d'une certaine naïveté pleinement assumée, mais il prend la suite, après les grands comiques américains, de "La Nuit des forains" (1953), "La Strada" (1954), "Lola Montès" (1955)...

— Anne Schneider

Le cinéma italien bouge encore. Il a même la bougeotte avec ce docu- fiction circassien collant aux basques d’un jeune dresseur de félins superstitieux parti à la recherche d’un Monsieur Muscle qui devra lui refaire son fer à cheval porte-bonheur. Un road-movie sans nids-de-poule ni mauvais sorts.

Le dompteur, le contorsionniste, l’homme le plus fort du monde, un fer magique, et le conte de fées sous le chapiteau de Tizza Covi et Rainer Frimmel peut commencer.

Les applaudissements ont retenti longuement au Palazzetto Fevi de Locarno, après la projection de Mister Universo, en compétition. Tizza Covi et Rainer Frimmel y évoquent le monde du cirque avec une sensibilité particulièrement authentique.

C’est un film qui vient de loin, ont-ils expliqué en conférence de presse : le résultat de 18 ans en immersion dans l’univers des artistes du chapiteau, à partager leur quotidien fait de spectacles, de roulottes, d’animaux, de campements spartiates, de forts abandonnés, en témoins d’un monde marginal qui risque de s’éteindre.

Comme leurs films précédents, dont l’action s’ancrait déjà dans cet univers (de Das ist allesen 2001 à Babooska en 2005, puis La Pivellina en 2009), Mister Universo est l’exemple même du mélange réussi entre fiction et documentaire. Fidèles à la tradition du néo-réalisme italien, Tizza et Rainer partent toujours de personnages réels pour les insérer dans des récits où leur spontanéité donne corps et substance à la narration.

— Giovanni Melogli

« MISTER UNIVERSO », un film à voir  

Ce film ne laisse pas indifférent. Il est émouvant et  superbe.
L’histoire racontée pourrait être vraie. L’action se déroule dans un cirque de province en Italie… C’est une fiction-réalité.

— Geneviève GUIHARD

Après La Pivellina, les réalisateurs italiens signent une nouvelle fiction documentée sur les gens du voyage. Une fable sociale, émouvante et drôle, sur la croyance et le destin.

— Isabelle Danel

Filmant en super-8 plutôt qu’en vidéo, Tizza Covi et Rainer Frimmel raccrochent leur film à toute l’histoire du cinéma du réel, celui qui a transporté, des frères Lumière à Frederick Wiseman, le monde dans lequel on filmait sur un écran. Le petit prodige qu’ils accomplissent est d’y avoir glissé l’univers onirique de l’autre versant du cinéma, celui de Méliès ou de Fellini. Car il faudrait être particulièrement grincheux pour ne pas reconnaître dans leurs saltimbanques les descendants en droite ligne des forains de La Strada

— Thomas Sotinel

Le couple de cinéastes parvient ainsi à capter dans un registre quasi pasolinien tout un folklore sans folklore, la culture d’un peuple qui n’a plus que ses mythes et légendes, son savoir artisanal et son refus de crever quand il n’a plus grand-chose.

— Serge Kaganski

Difficile d’être plus fidèle à l’esprit du néoréalisme avec Mister Universo.

— Louis Guichard

Troisième incursion dans le monde baroque des artistes de cirque pour Tizza Covi & Rainer Frimmel, dans la même veine documentaire que leurs deux précédentes fictions. La grâce est intacte.

Petit frère de La strada (Fellini) pour sa mélancolie pudique et son fragile dévouement pour le show must go on, Mister Universo est une balade d’une rare délicatesse.

Entre l’exotisme de Spartacus et Cassandra et l’exubérance des Ogres, ce road-trip tragi-comique invoque la mémoire du génial Fellini.

Le tandem Covi / Frimmel continue avec poésie et humour son exploration du monde marginal des saltimbanques itinérants qui luttent pour perdurer. Un film hybride, mélancolique et touchant.

A l’antenne sur France Culture, samedi 22 avril : de 15à 16h, Plan large, le magazine cinéma – Antoine Guillot 
Nomades
>Tizza Covi, cinéaste italienne pour Mister Universo en salles le 26 avril
>Reda Kateb, acteur principal de Django, d’Etienne Comar en salles le 26 avril
>Hirokazu Kore-Eda, réalisateur japonais pour Après la tempête en salles le 26 avril
>Barbet Schroeder pour la rétrospective qui lui est consacrée au Centre Pompidou du 21 avril au 11 juin et la sortie d’un coffret DVD (Carlotta)

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